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Tout savoir sur l'allaitement

Dépression post-partum : trouver du soutien pour s'en sortir

Publié le : 20/09/2018 11:05:11
Catégories : Interviews et témoignages Rss feed

La dépressions post-partum, vous connaissez? Angoisses incontrôlables, sensation de perdre pied, impossibilité de dormir... les symptômes, trop souvent confondus avec un simple baby-blues, peuvent conduire les jeunes mères à des situations parfois dramatiques.
Fabienne, qui a traversé cette épreuve et a réussi à s'en sortir grâce au soutien de sa famille et une prise en charge adaptée, à accepter de revenir pour nous sur l'histoire d'une grossesse et d'une mise au monde pas tout à fait comme les autres et des mois si difficiles qui ont suivi. Autopsie d'une dépression aujourd'hui surmontée, de la conception jusqu'à la libération.

Conception

"Nous étions en couple depuis plusieurs années, et nous désirions tous les deux avoir des enfants dans le futur mais chez mon compagnon, le désir s'est fait un jour plus pressant, quand chez moi c'était encore quelque chose de lointain. Il était prêt et j'ai "cédé" : je voulais avant tout lui faire plaisir", se souvient Fabienne.

Elle tombe enceinte au premier essai et se rappelle avoir été très heureuse... principalement pour lui. Pourtant l'idée d'avoir un enfant lui paraît à l'époque totalement folle. Rapidement, Fabienne se focalise sur une étape émotionnellement plus simple à gérer pour elle : la grossesse.
Femme enceinte

Dès le début, elle est sûre de vouloir un accouchement naturel : "ma soeur avait accouché deux fois à la maison, mon amie avait elle-aussi accouchée sans péridurale et ce qu'elles m'en avaient raconté me paraissait totalement surmontable. Je n'avais pas d'angoisse particulière sur l'accouchement!"

Elle se tourne donc vers la Casa de naissance d'Aubagne, une maison de naissance où les sages-femmes assurent l'essentiel du suivi de grossesse et de l'accouchement.
Très tôt au cours des cours de préparation, la sage-femme insiste sur l'importance d'être entourée au moment de la naissance. "Elle nous a expliqué que dans certaines cultures, la jeune maman ne se lève pas de son lit pendant les 40 premiers jours de vie de l'enfant. Les autres femmes de la famille prennent le relais et l'entourent.
Ensemble
Pour la jeune mère, c'est un moment de vulnérabilité qui doit être reconnu et contenu. J'entendais ce que la sage-femme expliquait, mais sans vraiment le comprendre. Pour moi, quand on avait accouché, on rentrait chez soi avec son bébé et on s'en occupait, c'est tout."

Pourtant, Fabienne prend quand même la peine d'appeler sa mère pour lui demander de venir passer un peu de temps auprès d'elle après la naissance. Juste au cas où...
"Ma mère m'a dit : 'OK, mais il faudra bien que tu t'en sortes à un moment donné!' Cette petite phrase a tourné et retourné dans ma tête pendant toute la grossesse et après la naissance, comme un mantra. Il faudra bien t'en sortir..."

Naissance et premiers pas en tant que maman

Le moment venu (et même un peu dépassé!), la naissance se passe très bien. A peine 20 minutes après l'arrivée à la maternité, la petite est là. Pourtant, la réalité a bien du mal à s'imprimer pour Fabienne : "au moment de pousser, je demandais sans arrêt à la sage-femme :'est-ce qu'elle est là, est-ce qu'elle est là?' Pourtant, dans la position où j'étais, je pouvais déjà la voir! C'est comme si j'avais du mal à réaliser que la finalité de tout ça, c'était un bébé. Je vivais un accouchement mais pas une mise au monde!"

Après l'expulsion et pendant toute la durée des soins, Fabienne se sent un peu sonnée et comme "ailleurs". Ce n'est qu'au moment de la tétée d'accueil qu'elle réalise qu'elle est devenue mère. "Je l'ai aimé immédiatement, j'étais émerveillée", se souvient-elle.
Nourrisson

Les trois jours à la maternité sont semblables à ce que vivent la plupart des jeunes mères : la fatigue, les visites incessantes, les difficultés à se reposer... Pourtant dès les premiers instants, Fabienne redoute les moments où son compagnon doit la laisser pour vaquer à ses occupations. "Je ne voulais absolument pas être seule avec la petite. J'avais besoin de lui pour valider ce que je faisais, les soins que je prodiguais à ma fille. Cela semblait si naturel pour lui, alors que je me sentais empruntée dans tout ce que je faisais! J'ai pris rapidement conscience de l'extrême dépendance du bébé vis-à-vis de moi, encore plus forte quand j'étais seule avec elle. Je me sentais incapable de bien m'en occuper et pourtant, personne ne semblait s'inquiéter de laisser cette enfant seule avec moi!"

Retour à la maison

Quand vient le moment du retour à la maison, Fabienne voudrait prolonger son séjour à la maternité mais son compagnon a hâte de rentrer et de commencer leur vie familiale. Elle choisit de mettre ses angoisses de côté pour suivre les envies de son compagnon.

Le papa a pris trois semaines de congés pour la naissance et sa présence aide pendant quelques temps. Pourtant une semaine avant la reprise du travail, les angoisses surgissent : "je n'arrivais pas à m'imaginer seule avec elle toute la journée. Je pleurais beaucoup, surtout en fin de journée mais je reliais ça au baby-blues et personne ne s'est inquiété plus que ça.
Mon compagnon reprenait le lundi et ma mère devait arriver dans l'après-midi pour une semaine. Je n'avais donc pas de réelle raison de m'inquiéter, pourtant je n'arrivais plus à dormir. Entre les angoisses et le manque de sommeil, mon état mental s'est dégradé rapidement. Quand ma mère est arrivée, je me suis immédiatement effondrée!"
Dépression

Diagnostic

Quelques heures plus tard, après avoir pleurer tout l'après-midi, Fabienne fait sa première crise d'angoisse devant sa mère et son compagnon. "Je répétais sans arrêt : 'je n'y arriverai pas, je veux qu'on me l'enlève!'". Les symptômes physiques sont impressionnants : "je me tordais les mains, m'arrachait les cheveux, je répétais en boucle des choses incohérentes..." 

Sa mère comprend immédiatement la gravité de la situation et l'emmène chez le médecin généraliste. Mais Fabienne veut sa sage-femme, celle qui l'a si bien accompagnée pendant toute sa grossesse. "Je lui faisais une confiance aveugle, je savais qu'elle saurait quoi faire."

Quand la sage-femme rappelle et annonce qu'elle arrive, le soulagement est immédiat. Les symptômes physiques disparaissent, l'angoisse s'apaise un peu. "Quand elle est arrivée, elle m'a prise dans ses bras, et m'a dit :'ça va aller'.
Réconfort

Elle m'a ensuite fait passer le test d'Edimbourg, pour évaluer l'ampleur de la dépression maternelle." Au vu des réponses de Fabienne au test, la sage-femme diagnostique une dépression post-partum. "Elle m'a dit : 'vous avez besoin d'aide, d'être entourée, de recevoir des soins adaptés. Ça va être long'.
Le diagnostic m'a soulagée : je n'étais pas la seule à souffrir de cette façon, et il existait des solutions.
Ça a aussi fixé les choses vis-à-vis de mon entourage : ma mère a décidé de rester 15 jours de plus et la sage-femme m'a orientée vers l'unité parent-enfant de l'hôpital Sainte-Marguerite (Marseille), pour une prise en charge en journée."

Cet arrangement, Fabienne n'y trouvera pas le réconfort qu'elle recherche : la logistique pour se rendre à l'hôpital est trop stressante pour une personne dans son état : prévoir tout ce qu'il faut pour le bébé et pour soi-même, prendre le taxi-ambulance, la chaleur, les bouchons... pour ensuite tout recommencer dans l'autre sens pour le retour à la maison! Le remède est pire que le mal, et Fabienne renonce très vite à ses visites à l'unité.

Découverte de Maman Blues

Elle se tourne alors vers internet, pour trouver des personnes qui avaient vécu ça et tombe tout de suite sur le site de l'association Maman Blues.
Logo Maman blues
"Je me suis inscrite sur le forum, sur lequel j'ai posté quelques messages. Je ne voulais pas participer à des discussions approfondies, juste trouver une écoute. Je me suis sentie accueillie dans une sorte de communauté et ça m'a fait du bien."

Mais les quinze jours filent rapidement et sa mère s'apprête à repartir : les angoisses reviennent en force et Fabienne subit une nouvelle crise d'angoisse. Il faut trouver une solution plus satisfaisante et son compagnon rappelle l'unité parents-enfant, qui décide d'une prise en charge à plein temps.

Séjour dans l'unité mère-bébé

Dès le lendemain et pendant les deux moi et demi suivants, Fabienne entre à l'unité chaque mardi matin et y reste jusqu'au vendredi. Le lundi, son compagnon demande à télé-travailler afin de ne pas avoir à la laisser seule avec la petite.
Durant son séjour, Fabienne accepte de prendre antidépresseurs et anxiolytiques pour éviter une nouvelle crise. Le suivi de cette médication par les pédopsychiatres du centre, les discussions avec la psychologue de l'unité, l'arthérapie et les temps de vie en groupe rythment des journées par ailleurs bien longues : à l'unité, pas de télévision, pas d'internet!
Arthérapie
Les conditions idéales pour une vraie réflexion sur soi : "l'ennui m'a été très bénéfique! J'ai eu tout le temps nécessaire pour réfléchir, bien au-delà des problématiques rencontrées vis-à-vis de la maternité! J'ai pris conscience que j'avais besoin de commencer à me réaliser, de cesser de vouloir toujours faire plaisir aux autres, de me faire enfin passer en premier dans ma vie. Ces temps de réflexion ont tout changé : mes rapports aux autres, à ma famille, à moi-même... J'ai aussi pris le temps d'intégrer le fait que j'étais parfaitement capable de m'occuper correctement de ma fille. J'ai réalisé que j'étais finalement une mère moyenne : ni défaillante, ni wondermum, juste une mère normale."

Libération

En sortant de l'unité à la fin du mois d'août, Fabienne se sent déjà mieux. Elle peut désormais passer du temps seule avec sa fille sans être submergée par ses angoisses. Mais c'est à la reprise du travail, avec un mois d'avance, qu'elle commence à reprendre réellement goût à sa vie. "Ma fille avait une vie loin de moi, on prenait soin d'elle. Le fait qu'elle ne soit plus totalement dépendante de moi m'a fait un bien fou! Et quand elle a commencé à marcher, ça a été pour moi une libération. J'ai réalisé qu'elle était une vraie personne, un être différent de moi.
Plus elle devient autonome et épanouie, plus je m'éclate dans la maternité!"
Mère heureuse

De sa période de dépression, Fabienne garde une certitude : la parole est primordiale.
"Avec le recul, je suis très contente d'avoir exprimer mon mal-être haut et fort. Ca m'a permis d'avoir avec mon entourage des échanges que je n'aurais jamais eu autrement." Et elle n'hésite pas à faire bénéficier d'autres mamans de son expérience, au travers de son engagement via Maman Blues.

Epilogue

A sa sortie de l'unité parents-enfant, elle repère sur la page Facebook de l'association un appel à participation : "les personnes qui s'en occupaient recherchaient des mamans qui avaient envie de s'investir sur ce sujet. J'ai tout de suite proposé mon aide. Ca me semblait important de rendre un peu de l'aide que j'avais reçue."

Assez libre de par son travail, Fabienne s'investit rapidement de manière très active.
Au fil des discussions avec les responsables de l'association émerge l'idée d'un relais marseillais. Rien n'existe encore sur la région et Fabienne est motivée : "l'idée était de s'insérer dans le réseau de la périnatalité dans les Bouches du Rhône pour communiquer auprès des professionnels du secteur sur les sujets touchants aux difficultés maternelles. L'accueil qu'on a reçu était très positif. Dans un deuxième temps, on a décidé de mettre en place des groupes de paroles de mamans."

Les réunions ont lieu une fois par mois dans les locaux de la crèche Sébastopol (4e arrondissement) et commence toujours par un témoignage, pour libérer la parole. Problèmes avec l'allaitement, isolement, difficultés conjugales, surmenage... les sujets abordés sont variés. "On donne des pistes, des contacts de professionnels qualifiés... et si vraiment la maman est en grande détresse, je l'oriente vers les unités mère-bébé. Prendre en compte leur souffrance et les aider à traverser cette épreuve, c'est la meilleure façon pour moi de me réparer."
Entraide

Si vous rencontrez vous aussi des difficultés maternelles ou si vous connaissez une maman en détresse, n'hésitez pas à vous rendre sur le site Maman Blues ou envoyez directement un e-mail à l'adresse info@maman-blues.fr